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Il nous demande l’humilité du cœur…

Je suis volontaire dans une école pour enfants handicapés : porteurs d’autisme, de trisomie, de paralysie cérébrale, de déformations motrices et de bien d’autres couleurs… toutes teintées d’une vive énergie. Voilà bien une chose dont j’ai pu me rendre compte ici, lorsque j’ai atterri à Khon Kaen en Thaïlande. Ayant tout à apprendre, je m’en suis remise aux petits de ce monde : les enfants.

Dans cette école pour jeunes handicapés, je n’ai pas de rôle défini. Chaque jour est pour moi une nouvelle surprise. Serai-je professeur d’anglais, de mathématiques ou de dessin ? Ou bien plongeuse professionnelle en quête du moindre grain de riz récalcitrant ? L’arbitre d’un combat de catch peu conventionnel entre les enfants ? Ou encore un matelas-super-confort pour la sieste ? Mon quotidien est une adaptation de chaque instant, à la langue, à la culture, à la situation. La barrière de la langue est le premier obstacle auquel je fais face. Dans les grands moments de frustration et d’incompréhension, j’aime me rappeler que les disciples de Jésus n’avaient pas besoin de comprendre, car il leur a suffi d’aimer. Cela permet de mettre mon coeur à nu, de me déshabiller de mon assurance pour revêtir l’habit de l’abandon.

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La mission aide à s’abandonner à Dieu

Cette mission, bien au-delà des services rendus, transforme mon coeur. Le sentiment de petitesse immense qui m’envahit m’apprend à me détacher, à sortir de moi-même. Jésus nous appelle à la conversion, il ne nous demande pas d’être utiles ! Je ne dois pas changer le monde, c’est moi que je dois changer. Où que je sois.

Alors j’apprends à m’effacer avec une joie sincère pour Le laisser transparaître en moi. J’en viens parfois à désirer être aimée, non pour ce que je suis, moi, mais parce qu’Il aime en et par moi.

La mission, nous en avons tous une. Elle survient d’un appel plus ou moins clair, conscient ou exaltant, et dont la finalité ne sera sûrement révélée que lorsque nous rejoindrons le Père, lui qui nous aura conduits tout au long de notre vie, avec subtilité et humour ! La petite Thérèse, patronne des Missions, aurait-elle pu deviner que cette flamme missionnaire ne la conduirait pas plus loin qu’au bout de son lit ? Et voilà pourtant, qu’elle illumine des milliers d’âmes à travers le monde, comme celle de sainte Mère Térésa, assidue missionnaire et servante des plus pauvres…

Comment cela est-il possible ? Par la grâce de l’abandon. Et de l’abandon à l’Amour.

En Occident, quand on vit à toute allure, se recentrer sur Dieu et s’abandonner à lui est un détachement très dur à atteindre. Alors c’est mon désir incessant de m’abandonner qui m’a poussé à partir. Je voulais faire silence dans ma vie, dans mon coeur, retrouver la simplicité d’une enfant qui se laisse surprendre et guider par son Père aimant.

Cela peut paraître paradoxal, mais je crois que c’est grâce aux difficultés que je rencontre, que ma mission est faite de petites joies simples, et de rencontres-pépites qui illuminent peu à peu mon coeur.

Pour moi, partir en mission, c’est quitter nos sécurités, nos façons de penser, la réalité de nos quotidiens (assez confortables) pour rencontrer l’adversité de l’inconnu au nom de l’Amour. C’est un choix radical, décapant, bouleversant, car il rend la vue et ouvre le coeur. Il apprend à aimer.

Ce n’est donc pas une mission de sauvetage (à moins qu’il ne s’agisse du nôtre ?), car si c’était le cas, je n’aurais pas eu besoin d’aller jusqu’en Thaïlande !

Ce n’est pas non plus la mission de faire ou de servir, c’est la mission d’apprendre à être. À être ce pourquoi le Père nous a créés. C’est-à-dire à être aimante et aimable, ici, là, maintenant. Et à empoigner la bouée de la sainteté !

Voilà notre mission ... apprendre à être ce que nous sommes pour pouvoir aimer.
 

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