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Aurélie, volontaire MEP en Malaisie

Ce départ en Malaisie n’était pas un hasard. Mes études et mon métier (je suis infirmière) facilitant les choses, cela me semblait naturel. Je n’ai pas eu besoin de partir comme certains parfois le ressentent, j’en ai eu envie...

Non, ce départ en Malaisie n’était pas un p1010086.jpghasard. Ma sœur aînée est partie avec une ONG pendant deux ans en Thaïlande et une autre de mes sœurs 6 mois en Inde avec les MEP. Et auparavant, j’avais déjà eu l’occasion de partir en service avec les guides aînées en Thaïlande et à Jérusalem. Petit à petit l’idée de partir est devenue une évidence. Mes études et mon métier (je suis infirmière) facilitant les choses, cela me semblait naturel. Je n’ai pas eu besoin de partir comme certains parfois le ressentent, j’en ai eu envie.

Je savais que j’allais recevoir beaucoup plus que ce que j’allais apporter par mon temps et mes connaissances.

Je suis partie sans à priori ni appréhension, le dépaysement allait me plaire, l’éloignement avec ma famille et mes amis allait être facilité par internet…finalement ma seule crainte est la perspective de devoir parler anglais…

Me voila donc à Rumah Ozanam, centre Saint Vincent de Paul, qui accueille des femmes et des enfants atteints du SIDA, dans le petit village de Batu Arang situé à 50km de Kuala Lumpur. La plupart des patients sont des réfugiés Birmans qui ont connu des histoires parfois atroces avant de se retrouver ici.

 Ma mission est d’être l’administratrice et infirmière de la maison. Pour m’aider dans la prise en charge des patientes, faire les soins, les accompagner à l’hôpital, faire de la prévention et informer sur leur maladie, je suis assistée par une infirmière Birmane et une aide-soignante Malaisienne. Pour la partie administrative, je gère l’équipe, les relations avec les Nations Unies (régulariser le statut de réfugié permet d’avoir l’accès gratuit aux soins du sida), les comptes, et les donations que nous pouvons recevoir ainsi que les échanges avec les associations Malaisiennes. Mais l’essentiel de ma mission n’est pas dans l’énumération de ces tâches mais dans la vie quotidienne : je suis là pour partager du temps, découvrir et vivre avec mes patientes.

 

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Mon temps est rythmé par leurs journées. J’arrive au centre après le petit déjeuner et à 9h on commence la journée par un temps de gym collective ! Un moment de détente avec une French Touch car les exercices se font en écoutant Grégoire « Toi + Moi » ! Il fait déjà chaud, mais c’est important de garder la forme. A 10h, les patientes prennent leur traitement contre le sida et des vitamines. Ensuite la matinée s’organise entre travaux ménagers et détente, en attendant le déjeuner. Sur la table, les assiettes ou parfois les feuilles de bananiers sont déjà garnies ; il ne reste plus qu’à déguster en mangeant avec les doigts !! On s’y habitue vite… Le repas, préparé pendant plus d’une heure, dure rarement plus d’un quart d’heure ! Ensuite les patientes se reposent pendant deux heures et j’en profite pour avancer sur la partie administrative. A 16h, un héritage du colonialisme anglais persiste : c’est le Tea Time ! Après s’être retrouvé toutes ensemble autour de quelques biscuits, les activités de bricolage, jardinage, chants…et parfois même scoubidou occupe toute la maisonnée jusqu’à l’heure de la prière à 19h. Ce moment est un moment très fort où les patientes m’apprennent des chants Myanmar et partagent à voix hautes leurs intentions. Après le dîner, soit on regarde un film ou karaoké ou bien nous faisons des jeux…Le UNO fait l’unanimité et elles peuvent y jouer plusieurs heures par jour !

 

La vie s’écoule tranquillement à Rumah Ozanam et je ne vois pas les jours passer. Pourtant deux moments forts de l’année restent clefs pour moi : un Noël en tongs (qui pour une Grenobloise est très dépaysant) et le nouvel an bouddhiste.

Pour Noël, j’ai été frappé par la simplicité de cette fête. Un moment qui a rassemblé tout le monde, toutes religions et origines confondues. Nous avons eu un office protestant en Myanmar puis une messe en tamoul ou les saris des femmes indiennes coloraient l’assemblée. Un bon dîner tous ensemble, un petit cadeau symbolique à chacun, des visiteurs qui amènent des jouets, des vêtements et des repas… Ce Noël sous les tropiques restera à jamais une expérience magique !

En avril, nous avons fêté le Nouvel an Bouddhiste avec les patients Myanmar. C’est un temps pour se purifier de ses pêchés…en participant à une immense bataille d’eau ! Chacun se lancent des seaux d’eau sur un fond de musique Myanmar… ça change de nos cotillons ! Enfants, adultes, staff, volontaires…tout le monde y participe !

A l’image de cette fête, j’ai appris ici la simplicité. Simplicité pour vivre mais aussi dans mes échanges, mes relations ; mes patients ne parlent pas la même langue que moi, il suffit de gestes, d’un mot ou d’un sourire pour communiquer. Ces femmes et enfants ont traversés des épreuves terribles, ils sont atteints d’une maladie incurable, ils sont loin de leur pays et de leur famille et pourtant ils continuent de chanter, de rire aux éclats, des profiter des moindres petits plaisirs qui leur sont offerts. Et cette façon de vivre, ils me l’apprennent à leur manière chaque jour.
Bien sûr je vais retourner au confort et à la facilité de la vie en France, mais cette expérience humaine bouleverse et laisse des traces. J’ai changé et mon regard sur ma vie n’est plus tout à fait le même.