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Nicolas, volontaire MEP en Indonésie

La mission au quotidien

Si je vous dis Indonésie, à quoi pensez-vous ?...
Il y a 5 mois, à votre place, je n’aurais pas su dire grand chose !...
…Et pourtant, l’Indonésie est plus grande que l’Europe dans sa longueur, plus de 5000 km d’Est en Ouest.
…Et pourtant, c’est le plus vaste archipel au monde, 17500 îles selon les dernières statistiques satellites.
…Et pourtant, c’est aussi 230 millions d’habitants (4ème rang mondial), et 87% de musulmans ce qui en fait le plus grand pays musulman au monde.
…Et pourtant, c’est 583 langues et dialectes parlés, 350 ethnies avec leurs propres cultures, traditions.
Un pays qui cherche son unité malgré les revendications indépendantistes et les intégrismes. Une langue commune, le Bahasa Indonesia qui occupe en ce moment une bonne partie de mes journées.
Une ancienne colonie hollandaise, indépendante depuis 1945 et qui sort tout juste de 40 ans de dictature sous le général Soeharto. Un pays jeune. Un pays aussi gangrené par la culture de la corruption…mais nous aurons l’occasion d’en reparler dans les prochaines éditions.

Bintan

L’une de ces 17500 îles s’appelle Bintan. En forme d’Afrique, située entre Sumatra et Bornéo, elle fait à peu près 50 km dans sa plus grande largeur et autant dans sa plus grande hauteur.
De sa proximité avec Singapour (1h30 de bateau) et avec ses plages de rêves, le gouvernement au temps du général Soeharto a décidé d’en faire le plus gros complexe touristique mondial. Toute la moitié nord de l’île est donc zone protégée et voit un développement galopant de palaces luxueux et tout ce qui s’en suit. Même le club Med s’y est installé !...Un autre monde !....

Tanjung Pinang

Situé plus au Sud-Ouest, Tanjung Pinang, chef lieu de Province, profite largement du dynamisme de Singapour. Officiellement de 120 000 âmes, elle serait passée à plus de 300 000 en réalité !...Des routes macadamisées, des hôtels, son marché et ses innombrables boutiques, une paroisse catholique, des dizaines de mosquées et autant de haut parleurs surpuissants…Un trafic à l’asiatique, composées essentiellement de motos…dont ma Honda « Super Deluxe. »

Le foyer

Finissons notre zoom télescopique jusque notre véritable lieu de vie, l’Asrama Putro Santo Tarsisius.
Situé à 5 km du centre ville, l’Asrama (= foyer, pensionnat) est entouré d’une église, d’un collège catholique et point important, de terrains de foot, volley et basket !...Un peu plus loin se trouve l’Asrama des filles qui est tenu par un trio de “suster”.
L’Asrama en lui-même est une grande bâtisse de béton sur deux étages. Au rez-de-chaussée, la chapelle, la cuisine et le logement du cuistot, et une grande pièce sépare entre salle a manger et salle d’étude. En haut, le coin des casiers perso, un grand dortoir, une “salle de jeux – bibliothèque” qu’on est en train de réaménager ainsi que nos deux chambres, celle de Vincent et la mienne qui communiquent par un balcon privé, lieu de nos “pauses” au calme. Ah, j’allais oublier notre “salle de bain”, celle de ces messieurs étant à l’extérieur.

L’atmosphère

Avec une température moyenne de 28oC sur l’année, autant dire qu’ici, on ne connait ni les pulls ni les chaussettes ou si peu. Théoriquement, il y a deux saisons. Une saison des pluies de novembre à avril et une saison sèche le reste du temps. En réalité, de par notre proximité avec l’équateur, la différence est très peu marquée et il pleut sur toute l’année, à notre grand plaisir pour refroidir et détendre une atmosphère chaude et parfois pesante.

La Mission :

Comme défini sur mon contrat, j’ai signé pour être animateur/éducateur du foyer St Tarcissius pour aider les jeunes dans leurs études et les former à une vie d’adulte honnête et responsable. Concrètement et toutes proportions gardées, cela veut dire que nous assumons avec Vincent les casquettes de gestionnaire, pion, infirmier, banquier, comptable, animateur, prof d’anglais et bientôt d’info, partenaire de jeux, grand frère, catéchiste... De quoi aimer et s’investir en gardant en tête l’équation d’être proche des jeunes mais sans trop pour garder notre autorité.

Les acteurs :

Les loustics…
Ils sont une bonne quarantaine, 43 en ce moment à animer les lieux, d’Aming, 10 ans à Sesta, 19 ans.
Des caractères variés comme dans toute communauté entre les grandes gueules, les « minets », les paresseux, les discrets, les serviables, les rebelles, les je-m’en-foutistes, les appliqués, les spirituels, les joueurs…bref, une bonne équipe ! Avec la chance également d’avoir une bonne unité de groupe au delà des affinités et des différences d’emploi du temps…un peu à l’image de cette Indonésie qui cherche et réussit en partie à préserver son unité malgré les milliers d’îles, les centaines de langues locales et d’ethnies qui la composent. Leurs origines sont variées, un équilibre entre familles aisées et familles sans le sou, entre protestants et catholiques, entre Batak, Flores, chinois ou autres ethnies, une bonne partie venant de Batam, l’île voisine qui a l’ambition de devenir un Singapour-bis, où le coût de la vie devient trop cher pour y scolariser les enfants et où l’insécurité est trop grande. Beaucoup de jeunes du foyer ainsi ont grandi dans un climat de violence ce qui peut expliquer certaines de leurs réactions. Les autres venant d’îles beaucoup plus reculées, à plusieurs heures de bateau et sans électricité. Je vous en dirai plus quand j’aurai visité quelques-unes de ces familles.
Le père Henri, missionnaire MEP approchant les 80 ans et en pleine forme, circulant toujours à moto et au courant de toute l’actualité. Après 13 ans en Birmanie et 7 ans au Vietnam, à chaque fois expulsé par les nouveaux régimes communistes, il est arrivé à Tanjung Pinang il y a bientôt 30 ans. Sa paroisse comprenait tout l’archipel Riau, soit 250 000 km2 et 1350 îles !...Il lui fallait plus de trois mois pour faire le tour des communautés chrétiennes, se reposant 15 jours à Tanjung Pinang avant de repartir pour une autre tournée !...Un personnage hors du commun et un soutien indispensable pour notre mission au foyer.

Hiro, diminutif pour Hironimus et appelé Om Hiro (Oncle Hiro) par les jeunes est le directeur du foyer. Jeune marie après 6 ans de séminaire avec deux enfants en bas age, c’est avec lui que nous gérons le quotidien notamment les questions de discipline où il excelle. Ici, la force faisant l’autorité, il ne se prive pas de son avantage physique pour s’imposer et régler certaines histoires. Avec Vincent, nous lui laissons volontiers cette tâche pour tenter des options plus pédagogiques. L’occasion de confronter des points de vue différents en matière d’éducation.
Que dire d’autres…c’est un fan de pâté et saucisson, ce qui nous vaut quelques bonnes soirées une fois les jeunes couchés.
Mas Ekam, c’est notre homme à tout faire. Egalement marié et père de trois jeunes enfants, il loge avec sa famille juste à coté du foyer. Intarissable en histoires, ce n’est pas la grande entente avec Hiro...donc on les voit séparément.
Tonou, c’est notre cuisinier. Ancien jeune du foyer, il est parti comme cuistot sur un cargo puis il est revenu ici. Très sympa, grand fan de guitare et de musique occidentale, c’est aussi un bon relais pour nous auprès des jeunes. En tant qu’ancien du foyer, il sait nous alerter quand il y a des problèmes que nous ne percevons pas. Je l’accompagne de temps en temps au marché pour acheter des kilos de poissons et de légumes.
10 kilos de riz par jour en commençant à 4h00 du mat pour qu’il soit prêt pour le petit dej de 6h15 !...C’est un chef.
Vincent, grand blond frisé, breton et fier de ses origines. Arrivé en décembre dernier, c’est avec lui que je passe le plus de temps, entre les visites à droite à gauche et la gestion du foyer...sans oublier une fois tout le monde couché, les soirées discut-lectures de journaux français qui nous tiennent au courant de l’actualité de notre chère France...avec trois semaines de retard.

Journée type :

La journée commence par le réveil à 4h50 précédent celui des jeunes à 5h00 à grands cris encore enroués de “Bangun, bangun” (réveil, réveil, vous l’aurez compris !) qui résonnent dans tout le dortoir. C’est un moment toujours unique où un a un, les yeux s’ouvrent, les têtes se relèvent, les lits grincent…et où des gémissements « sakit » (=malade) se font entendre sans grand moyen de vérification.
L’étape suivante est la douche…imaginez une bonne quarantaine en train de s’asperger ensemble autour de grands bacs d’eau…ça vaut le coup d’oeil !
Puis petit à petit, la chapelle se remplit pour la messe à 5h30 où nous rejoint le foyer des filles (ou inversement une semaine sur deux, c’est nous qui faisons le déplacement en traversant le terrain de foot.)
Après la messe, petit dej, du thé et une assiette de « nasi goreng », riz frit épicé à souhait, parfois agrémenté de « mie », les nouilles chinoises.
…et c’est parti pour la journée !...Les plus jeunes ont 100 mètres a faire pour commencer les cours a 7h00. Les plus grands se recouchant pour terminer leur nuit.
C’est le moment pour nous d’assurer la gestion du foyer, faire la compta, allez voir Mas Ekam (l’homme à tout faire) pour discuter de l’avancement des divers travaux, discuter avec Hiro (le directeur) à propos de tel ou tel jeune, de telle ou telle histoire…Le temps également de faire un tour en ville (10 minutes à moto) pour faire les emplettes, passer à la banque, sur Internet et au presbytère pour discuter avec le père Henri. C’est la pause du matin ou il nous met au courant de l’actualité locale et nationale, à 90% des histoires de corruption à ne plus savoir qu’en faire !...
Retour à l’Asrama pour 10h00 pour l’heure d’étude des plus grands et l’occasion pour moi de poursuivre l’apprentissage du Bahasa Indonesia.
A 11h15, déjeuner, une assiette de riz invariablement accompagnée de légumes et de poisson grillé. Alors que les plus grands se font beau pour partir au lycée, nous nous apprêtons durement pour une bonne sieste, indispensable pour tenir le coup !...
A 16h00, réveil des p’tits jeunes revenus deux heures plutôt du collège pour l’heure d’étude.
A 17h15, on enfile short et basket pour le foot ou basket, où les jeunes excellent à défaut d’être des as a l’école. C’est un bon moment de défoulement et de rigolade…comme souvent dans la journée.
A 19h00, le dîner…invariablement une assiette de riz accompagnée de légumes et de poissons, exceptionnellement une cuisse de poulet et une banane le jeudi, la viande et les fruits restant un luxe au vu des finances plus que serrées du foyer.
Apres le dîner, c’est reparti pour une heure d’étude ou de cours d’anglais. (on est là pour les faire bosser !)
Enfin, la prière du soir à 20h45 préparée à tour de rôle par les jeunes qui commence par quelques infos, le rappel du respect des règles…éventuellement la résolution de problèmes (recherche de l’auteur de tel vol ou de telle casse…etc.)
Avant de mettre tout le monde au lit vers 9h30, moment très agréable où les jeunes viennent dans nos chambres pour jouer, bouquiner, s’essayer au jonglage ou diabolo, poser des questions sur les personnes des photos affichées au mur…
Et puis pour nous, la soirée se prolonge sur le balcon commun autour d’un livre, d’une discut…ou de quelques tranches de saucissons savourées comme il se doit !...

Faits divers :

Il n’y a pas longtemps, sur mon île de Bintan, des militaires de la marine ont mitraillés tous les postes de police du coin, faisant plusieurs morts. Ceci à la suite d’un diffèrent, des policiers ayant exigé pour leur poche de l’argent à une discothèque tenue par les militaires.
La semaine dernière, un amiral de la marine a tué d’un coup de couteau le juge au cours de son procès, à la suite d’une décision qui ne lui convenait pas.
Chaque semaine a ainsi son lot de faits divers étales au grand jour avec toujours un qui surpasse les autres. L’occasion de nous rappeler que nous sommes bien en Indonésie au cas où on l’avait oublié.

Fait culturel :

Arriver dans un pays étranger, c’est toujours l’occasion de se faire bousculer dans ses concepts. Exemple concret par la culture anti-5S* qui règne ici.
Je reste surpris par la capacité étonnante à transformer n’importe quel endroit en vraie poubelle et une puissance de destruction quasi innée chez la plupart des gamins. Tabourets, balais, table de ping pong, bouquins, poignées de portes. Tout y passe et à une vitesse insoupçonnée !...Je profite que ce comportement me choque encore pour vous le partager.
En attendant d’être plus « fluent » dans la langue, je cogite quelques idées pour tenter de ralentir le caractère entropique de ces jeunes, mais baignés dans cette culture ou jeter ses déchets dans une poubelle et prendre soins de ses affaires relève presque de l’exception, ce n’est pas gagné !...
Heureusement qu’il y a les taches menageres 3 fois par semaines pour garder un foyer convenable !..
Et puis se pose aussi la question délicate de savoir jusqu’ou peut-on aller dans l’interventionnisme, entre réactions à certains abus notoires et « laissez faire » pour ne pas vouloir a tout prix imposer mon système de pensée occidental dans cette culture qui a ses propres valeurs. Ici, c’est moi l’étranger !
Entre fidélité à des valeurs que l’on pense universelles et inculturation, la limite n’est pas facile a trouver, tant pour la propreté que pour les questions d’éducation, de relation a l’argent...etc. Ce sera j’imagine un sujet de réflexion présent tout long de cette coopé.

* : Le 5S est une méthode japonaise qui est en passe de devenir la culture de nombre de
grosses entreprises françaises et occidentales.
Les 5 ‘S’ sont les initiales d’une méthode en 5 étapes visant a créer une culture de la propreté et de l’efficacité. 1) Eliminer, 2) Ranger, 3) Nettoyer, 4) Standardiser et 5) Respecter. Ce fut une des missions de mon stage de fin d’études dans l’industrie automobile de former et assurer le suivi de cette nouvelle culture d’entreprise. Cette méthode vise aussi bien les bureaux de travail, qu’une ligne de production…que votre chambre ! Essayez, pourquoi pas !...

Bahasa Indonesien : Lecon no1

Voici le moment de vous faire partager mes découvertes linguistiques et vous apprendre que vous n’étiez pas ignares. Et oui, vous saviez au moins deux mots Orang (homme) et hutan (foret) qui accolés donnent le nom de ce cher quadrupède.
En ce qui nous concerne pour la majorité, nous sommes donc des Orang Perancis, littéralement ‘Homme France’ (prononcer Orang Preannechisse en roulant bien les ‘r’)
Si vous souhaitez du pain ou un gâteau, demandez un roti, c’est la même chose. Pour manger un dessert (rarissime), demandez alors un Pencuci mulut, littéralement ‘Laveur bouche’
Plus sérieusement après le Selamat Pagi du matin suit le Apa kabar ?, littéralement Quoi nouvelles ? auquel on répond Baik (bien)
Quelqu’un de sympa sera donc un Orang baik-baik (homme bien bien), la répétition de certains mots servant à former de nouveaux mots ou à exprimer le pluriel.

Le mot de la fin

Voila, j’espère que vous pouvez maintenant mieux situer l’ambiance locale et la mission. Ce premier temps d’adaptation touche à sa fin. Le ramadan commence ici et je profite que les jeunes aient quelques jours de vacances (pour les écoles publiques, c'est-à-dire la grande majorité, c’est vacances pendant tout le ramadan) pour aller à Batam sur l’île voisine pour visiter quelques familles. Je m’envole ensuite vendredi prochain 8 octobre pour Jogyakarta (prononcer Djodja), sur l’île de Java pour trois semaines de cours de langues dans une école spécialisée. 

 

La vie au Puri
Puri signifie maison ou littéralement “château”, et c’est bien l’état d’esprit de cette école de langue à l’ambiance et taille familiale pour qui l’accueil est place en premier plan.
Une grande qualité humaine tout en étant très professionnel.
Coté guru = professeur, ils sont une vingtaine de tous les âges, aussi bien musulmans que catholiques ou protestants.
Cote élèves, nous sommes tous occidentaux. Entre un américain qui fait des recherches anthropologiques sur telle ethnie d’Indonésie ou bien telle hollandaise aidant à la reconstruction suite au tsunami ou bien encore tel homme d’affaire ou tel jeune hollandais venu faire un stage à l’ambassade.
Pendant presque un mois, j’ai donc suivi quotidiennement 4 heures de cours de 8h00 a 12h00 avec une pause de 30 minutes au milieu pour changer de professeur…car attention, ce sont des cours particuliers avec des professeurs différents pour changer les approches d’enseignements !...
Ainsi, pendant presque un mois, Veni, Lisa, Rumanti et Ayik se sont succédées pour alterner les cours de conversations courantes, de grammaire ou bien des explications sur la vie quotidienne.
Au début de chaque cours, j’arrive avec mes questions sur ce que je peux observer dans la rue, sur telle ou telle surprise ou découvertes et puis on en discute.
Mais en entrant au Puri, il y plus que les cours !
Le jeudi midi, on prend le repas en commun, l’occasion de découvrir les spécialités locales. Sur la photo, je suis en train de présenter le menu du jour, exercice pratique et passage obligé pour tout nouvel élève, tout comme téléphoner en direct à tel hôtel pour faire une réservation…et autres mises en situation !
Sinon, un prof m’a aussi appris à faire un batik. Vous en avez peut-être déjà entendu parler, le batik est un tissu typiquement javanais avec des motifs différents suivant les régions. (Sur la photo du dessus, je porte une chemise en batik)
Voila le résultat (dont je ne suis pas peu fier !) d’un process de trois jours entre le dessin initial et l’étape finale ou l’on fait bouillir le tissu pour faire fondre la cire qui a servi à délimiter les contours.
Le mardi midi tous les professeurs se retrouvent pendant 1h30 pour débattre d’un thème comme le terrorisme avec la bombe à Bali ou bien sur la corruption et les moyens pour y mettre fin. J’ai suivi ces discussions, comprenant à 20% mais suffisamment pour tenter de donner mon regard étranger et la situation en France de temps en temps. Je suis impressionné par le grand respect et la grande écoute de chacun vis à vis des opinions des autres.

Le séminaire :
Comme les différents volontaires MEP qui arrivent en Indonésie, je loge au séminaire des dehoniens ou bien SCJ (Sacre Coeur de Jésus), congrégation présente dans le monde entier…et avec pour fondateur un francais Léon Dehon (1843-1925) qui a beaucoup travaillé pour le monde ouvrier à Saint Quentin. Illustre inconnu pour moi avant d’arriver ici mais chaque séminariste a pour lui une grande dévotion. France, fille aînée de l’Eglise n’est pas un vaine expression ici tans le nombre de saints ou de congrégations sont issus de France.
Accueil génial de la part de l’ensemble des séminaristes. Repas, billard, foot, badminton et vie quotidienne…tout est occasion de discuter et de s’envoyer des vannes. Des jeunes très ouverts, un esprit de communauté très fort…et un grand recueillement pendant la messe et la liturgie des heures qui rythme la journée. Cela fait du bien !
26 séminaristes et autant de professeurs potentiels pour me corriger ou m’apprendre le nom des multiples fruits ou plats indonésiens…
Il y a un grand jardin rempli d’arbres fruitiers, bananiers, jacquier…etc. Il y a de quoi manger des fruits pendant toute l’année.
Ici, entre la messe et le petit dej, Dodot, un des séminaristes fait tomber des papayes.
Ici, c’est Arie déjà a l’aise a la guitare et au piano a qui j’ai donne quelques cours de flûte traversière pour qu’il puisse ensuite accompagner les chants de Taizé. De temps en temps, ils invitent au séminaire des jeunes de collège pour des temps d’adoration suivi d’activités plus ludiques. Les chants de Taizé sont très répandus ici.

Michel :
J’ai rencontre Michel au Puri. La soixantaine, depuis 15 ans dans le pays et marié à Sutik une charmante femme musulmane, Michel est de ces rencontres originales qui marquent ! Pétri d’esotherisme et de métaphysique, ayant suivi les cours de différents maîtres en la matière à travers le monde, nous avons eu de longues discussions pour échanger nos points de vues. Pour lui, en tentant maladroitement de synthétiser, le monde est le produit de notre conscience. Il n’y a ni mal, ni bien, tout est expérience sur laquelle il faut y mettre l’amour pour sans cesse réintégrer positivement le mal en nous et élever notre état de conscience (ou notre niveau vibratoire) jusqu’a devenir Dieu. En ce sens, Jésus est le modèle a suivre. Ces discussions m’ont ouvert l’esprit sur tout ce monde du paranormal et de l’ésothérisme que je connais peu !

Le Borobudur :
On ne peut rester à Yogya sans visiter le Borobudur (40 km au nord ouest), classé au patrimoine de l’humanité et reconnu comme le plus grand monument bouddhique au monde. Il a été construit au VIIeme siècle, bien avant nos cathédrales !...J’y suis allé dans le cadre du Puri avec une prof musulmane qui m’a expliqué le détail des fresques…en Indonésien ! Passionnant.
Voila quelques explications :
Le Borobudur de forme ronde en haut (symbole du ciel ) est construit sur une base carrée (symbole de la terre). Il symbolise ainsi le lien entre la terre et le ciel, le rapport de l’individu au cosmos. Je laisse parler le guide : « Le Borobudur offre une ascension physique et spirituelle d’abord labyrinthique, puis un accès de plus en plus facile, une fois que l’être gravit les terrasses et que spirituellement, ils se débarrasse de ses obstacles personnels. Jusqu’à l’élévation ultime, l’Eveil, symbolisé par le stupa central tout en haut. »
La base du temple est composée d’un empilement de 6 terrasses carrées dont les nombreuses fresques représentent la sphère des désirs, qui sont la cause de toutes les souffrances humaines. Puis les trois terrasses circulaires du dessus représentent la sphère des apparences.
Le dernier niveau représente la sphère du vide ou du Nirvana. Et au sommet, on trouve un immense stupa creux, réplique symbolique du Mont Mérou, montagne sacrée située en Himalaya et commune aux bouddhistes et aux hindouistes. Bref, en gravissant, tous ces niveaux c’est comme un parcours de catéchèse…bouddhiste, ou mieux dit « une déambulation sacrée destinée à élever spirituellement le pèlerin à mesure qu’il se détache du monde des désirs et des apparences ».

Le Pranbanan :
Le Pranbanan est en quelque sorte l’équivalent hindou du borobudur. Temples également magnifiques accueillant les grandes divinités, Civa, Vishnu, Brahma et Ganesh et toute la cohorte de sous divinités. Ma première impression est que cela ressemble en beaucoup de points aux temples d’Angkor que j’ai pu voir au Cambodge. L’occasion de constater que toute l’Asie du sud a été en premier pétrie par cette influence hindouiste.
On retrouve ici comme au Borobudur les flèches des stupas symbolisant le mont Mérou.
A cette époque (VIII, IXeme siècle), c’était la lutte d’influence religieuse et politique entre hindouisme et bouddhisme. Finalement, l’hindouisme a triomphe et toute l’île de Java et les alentours fut hindouisée, mais l’arrivée de l’Islam au XVeme a rapidement mis fin à cette influence même si elle subsiste encore de manière très ancrée en certains endroits comme à Bali.

Le Candi Hati Kudus Jesus :
Littéralement Temple du sacre cœur de Jésus, c’est un lieu de prière catholique au sud de Yogya très connu avec une tentative d’inculturation du christianisme dans la culture javanaise. Le Christ paré de tous les attributs d’un ancien roi javanais montre son coeur au centre d’un Candi = temple javanais traditionnel proche des temples hindous.
Cela change des représentations de Jésus que je trouve un peu kitsch d’un Jésus italien barbu avec auréole fluo et autres attirails. Des représentations apparemment très occidentalisées répandues partout en Asie, dans chaque chambre, chaque famille catholique, mais sans doute aussi un moyen de s’identifier et d’afficher sa différence.

Monastère Trappiste :
J’ai eu la chance de pouvoir passer deux jours à Rowo Senang, monastère trappiste à deux heures de moto de Yogya. Fondé par des hollandais et rattaché à l’abbaye de Cîteaux, le monastère se trouve dans un écrin de verdure et de montagne à 700m d’altitude. La première impression en arrivant, c’est qu’il fait frais ! (C’est à dire froid pour les Indonésiens). Cela fait du bien…et pour la premiere fois en Indonésie, j’ai pris un T-shirt et une petite couverture pour dormir ! .
Une soixantaine de moines y vit, partageant le temps entre la vie de prière (les sept offices quotidiens à partir de 3 heures de mat) et la culture du café. Mais la réputation du monastère vient de son troupeau de 80 bonnes grosses vaches hollandaises qui permettent une production de fromage de qualité, objet de curiosité de beaucoup d’indonésiens !.. L’odeur et les beuglements dans l’étable m’ont ramené l’espace d’un instant en France. Lorsque je renvoie à un moine la question traditionnelle de savoir si j’ai une « pacar = petite amie » il me répond avec un sourire en coin qu’elle s’appelle Marni. J’ai compris 5 minutes après que chaque vache ici a son prénom !...

L’évènement indonésien :
Il y a un mois, le gouvernement a pris la courageuse décision d’augmenter le prix de l’essence à la pompe. Car ici, l’essence est sur subventionnée. L’intention initiale était de favoriser l’economie interieure mais ce systeme n’est plus tenable surtout avec la hausse du petrole. Seulement ici on ne fait pas dans le detail car c’est une hausse de 100%. De 2200 Roupies, le litre à la pompe est passé à 4500 Rp. Du coup, progressivement, ce sont l’ensemble des prix qui montent…et ce sont les plus pauvres qui trinquent, du pêcheur qui ne rentabilise plus le coût d’une sortie en mer aux jeunes du foyer qui ne peuvent plus rentrer chez eux pour les vacances car le prix du billet de bateau est trop cher.
En même temps, pour calmer le jeu , le gouvernement a lancé une grande campagne médiatique pour annoncer que tout l’argent gagné par cette hausse de l’essence serai reversé aux familles les plus pauvres. Des statistiques ont annoncé que 40 millions d’indonésiens sont considérées comme pauvres et toucheraient donc cet argent mais avec la corruption ambiante, les familles vraiment pauvres n’en verront jamais la couleur.
Tout du moins et malgré de nombreuses manifestations, il n’y a pas eu de rébellion massive.

La famille Mep :
Nicolas et Vincent sont les deux autres coopérants fraîchement arrivés de cette année avec qui j’avais suivi une semaine de formation sur les religions et la culture asiatique aux MEP à Paris. Ils sont venus reprendre tous les deux quelques cours supplémentaires à Yogya, l’occasion de se retrouver et d’échanger sur nos différentes missions. Ils ont tous les deux arrêté un boulot de commercial en France pour se lancer dans le projet.
Nicolas est à Bali et travaille pour une école de sculpture sur bois.
Vincent va travailler à Jumapolo (sur l’île de Java) en pleine campagne dans une association (sorte de coopérative) qui vient de se créer pour trouver des marchés et revendre les récoltes des petani = agriculteurs du coin.
Avec Vincent (celui de Tanjung Pinang !) et Thomas qui anime un centre culturel francais au Lampung (sud de l’île de Sumatra) nous formons la bande des 5 coopérants MEP Indonésie. Il est déjà prévu de faire une retraite ensemble autour du nouvel an et les prêtres MEP présents en Indonésie nous invitent aussi à leur retraite annuelle en mai prochain.
Sur Yogya, Jean François Meuriot, jeune prêtre MEP arrivé il y a 4 ans assure le suivi, l’occasion de quelques bons repas et bonnes discut au resto !...La dernière fois on a goûté au cobra !

Les amis du Puri :
Parmi les profs de l’école de langue, ceux qui ont notre age sont devenus des amis et l’occasion de sortir en dehors des cours, par exemple d’aller à la plage (à 1h30 en moto au sud de Yoga) sur le WE ou bien d’aller pêcher dans des étangs l’après-midi après les cours. Des jeunes très ouverts qui savent aussi prendre du recul sur leur culture.

Le Gamelan :
Je me suis fait invite une fois chez Siwi (au centre de la photo précédente) une des jeunes profs d’indonésien du Puri pour apprendre le Gamelan, instrument traditionnel javanais. Un peu comme un xylophone, des plaques de métal de différentes longueurs que l’on vient frapper avec un maillet en bois. La sonorité est vraiment très belle. C’est l’instrument qui accompagne les chants lors des messes en javanais. J’en suis rester à apprendre les comptines traditionnelles, équivalent de notre Frère Jacques ou Au clair de la lune.

Le javanais :
A Yogyakarta sur presque toute l’île, on parle le Bahasa Jawa. Traduisez par parler le javanais. Dans les familles, au marché, dans la rue c’est la langue utilisée couramment, ce qui n’empêche pas que l’indonésien est aussi parle couramment par tous les javanais. Ils ont une grande capacité à passer d’une langue à l’autre…Le javanais est beaucoup plus dur à apprendre que l’indonésien car il y a trois niveaux de langues selon la personne à qui on s’adresse, personne à respecter, amis ou proches, ou personnes qui nous sont inférieures. Tout le vocabulaire change suivant ces niveaux avec lesquels il faut savoir jouer pour honorer ou non telle personne. Pour ma part, je me suis limité à quelques mots qui amènent tout de suite de grands sourires !... Commencer à parler Bahasa Jawa, c’est commencer à rentrer dans la culture javanaise.

Soirée interreligieuse :
Un soir, j’ai accompagné les séminaristes pour une soirée regroupant tous les séminaires de Yogya, soit près de 300 séminaristes venant d’un peu partout en Indonésie entre les diocésains et ceux des multiples congrégations qui existent ici. Cela a commencé par une messe, puis après avoir mangé il y a un groupe de jeunes composé de musulmans, hindous, bouddhistes, confucéens, protestants et catholiques (il n’y a pas de juifs en Indonésie) qui ont présenté un élément de leur religion, soit par la danse, soit par les chants puis ont chanté ensemble des chants comme « Evenou Shalom malherem ». Il y a ainsi quelques groupes de jeunes de differentes religions qui se réunissent pour discuter et faire des activités ensemble. Même si clairement, le fondamentalisme musulman progresse, traditionnellement les relations entre les musulmans et chrétiens sont bonnes, surtout chez les javanais qui ont le même socle culturel garant d’une certaine unité que l’on retrouve moins voir pas du tout entre ethnies différentes. J’ai pu le sentir à de nombreuses occasions. Les extrémistes progressent notamment en accédant à des postes du gouvernement mais restent une minorité désapprouvée par la majorité des musulmans.
Bahasa Indonesien : Lecon no1
Voici venu le moment du cours d’Indonésien. Apres les salutations (Selamat Pagi = bonjour, Apa kabar = Comment ça va ? ) un peu de grammaire.
La grammaire indonésienne est des plus simples. Pas de conjugaisons, pas de genres et pas de temps. Ils suffit de glisser si besoin un indice temporel (hier, plus tard, bientôt…) pour préciser de quand on parle.
Pour ça, c’est pas mal !...Par contre, pour former les mots, il y a tout un système d’affixes et de suffixes pour construire les mots dérives à partir d’une même base. Par exemple, pour datang, base verbale qui signifie arriver, on peu construire :
kedatangan = arrivée, être visite, être attaque,
pendatang = visiteur ou immigre,
pendatangan = importation
berdatang = venir,
berdatangan = accourir, venir en foule
mendatang = prochain,
mendatangi = visiter,
mendatangkan = faire venir, convoquer, importer, produire, occasionner,
datang-datang, a peine arrive, venir souvent
Bref, je commence à rentrer dans cette grande famille des affixes et suffixes. Il y a des règles pour trouver soi-même les mots mais les exceptions qui confirment la règle sont nombreuses, ou bien les mots sont grammaticalement corrects mais jamais utilisés…Un vrai jeu de devinettes et il faut souvent faire preuve d’imagination !
Sinon tradition oblige, je suis revenu de Yogya avec plein de Oleh- oleh, souvenirs à distribuer a tous les proches.
Un œuf sur le plat s’appelle ici telur mata sapi, littéralement œuf œil de bœuf….Contrairement aux occidentaux, le Mandi matahari littéralement douche de soleil, comprenez bronzage volontaire n’est pas pratique. Le critère de beauté (comme pour tous les asiatiques) est d’avoir la peau la plus blanche possible.

Idul Fitri :
Idul Fitri est la grande fête musulmane qui clôture les 40 jours de ramadan. Mais c’est également une fête pour tous les Indonésiens et l’occasion de retrouver la famille, pour les chrétiens, l’occasion de visiter les voisins musulmans. Généralement, pour Noël, ce sont les musulmans qui se déplacent chez leurs voisins catholiques ou protestants. Imaginez 230 millions indonésiens sur les routes !…
En photo, une des nombreuses banderoles dans la rue. 1426 est l’année actuelle dans le calendrier musulman.
Chaque maison est ouverte à tous ceux qui passent, généralement les plus agés recevant tandis que les plus jeunes font le déplacement. Dans tout le pays, on se demande pardon mutuellement pour les fautes visibles et celles en pensées « Mohon maaf Lahir dan Batin ». J’ai ainsi été reçu dans quelques familles musulmanes. Tout le monde est sur son 31, sur la table, il y a en permanence des sucreries et spécialités locales pour les visiteurs qui se succèdent. Les enfants en profitent également ; ils passent de maison en maison et ne repartent qu’avec un peu d’argent ou des sucreries ce qui leur fait un bon pactole au bout du compte !…
Voila, je suis maintenant de retour à Tanjung Pinang où je retrouve les jeunes. Une ambiance différente, Tanjung Pinang faisant office de trou pommé par rapport à Yogya, un certain isolement aussi car les jeunes demandent une présence constante. Cependant la mission est là et les progrès en langue permettent enfin de comprendre la grande partie des conversations et cela change tout !...Je viens de commencer ma première vraie responsabilité : la gestion de la caisse de jajan = argent de poche, ou comment arriver à être juste et à ne pas se faire rouler !..
J’espère que vous allez tous bien, il y a quelques jours, les photos des voitures enflammées ont fait la une des journaux nationaux et locaux. L’occasion peut-être de faire comprendre ici que tout n’est pas que foot et romantisme en France. L’occasion de se rappeler l’importance de transmettre les valeurs du travail et de respect.
Merci à tous ceux qui donnent de leurs nouvelles.
Bonne continuation à chacun dans ses activités respectives. Je pense bien à vous.